Gaëtan CHEVRIER

À l’origine n°1

2013 – 2018 | Tirage encre pigmentaire sur papier Fine art | 70 x 60 cm (encadrée) | PAI12

À l’origine
La Terre est cette planète anthropisée que nous avons en partage et dont nous devons assurer l’habitabilité future. L’augmentation des catastrophes dites naturelles, ouragan, cyclone, tsunami, tremblement de terre, rappellent la vulnérabilité des espaces habités, et l’interdépendance des êtres, humains et non humains, qui y vivent.
À ce titre, les choix d’urbanisation planétaire sont primordiaux. Ce sont les décisions de construire dans les environnements les plus fragiles – derrière des digues, sous le niveau de la mer, sur des failles géologiques – le plus souvent détruits, qui nous rappellent les limites de l’acte de bâtir. Et ce sont ces décisions sur le futur de l’urbanisation qui vont ou non faire évoluer notre rapport à l’environnement construit.
À ce sujet, on constate aujourd’hui le choix récurrent de miser sur le perfectionnement des techniques et des ingénieries pour se prémunir de cette planète, plutôt que d’évoluer vers des stratégies pour une habitation d’emblée conçue comme fragile. Hong-Kong nous raconte une de ces histoires de conquête.
Les colons britanniques qui abordèrent les rivages de cette côte décrivirent un rocher dénudé aux pentes escarpées. Ce récit devenu mythique est connu, c’est le récit de celui qui arrive et « découvre » une terre, sans histoire, qui « s’offre » à la colonisation.
Toujours est-il que l’occupation britannique se fait alors sporadique, juste quelques constructions sur les reliefs et le long des rivages. Une image aujourd’hui totalement obsolète pour qui connaît de Hong-Kong, comme beaucoup, ses images stéréotypées de tours gigantesques devant des montagnes pentues, couvertes de denses forêts.
Hong-Kong intrigue architectes et urbanistes par l’ampleur des contradictions qui façonnent l’expérience que l’on fait de cette ville. Les remblaiements artificiels incessants se mènent en même temps que la sanctuarisation d’hectares de nature, en une même mise à distance, en miroir, de cet environnement. L’obligation à gagner en hauteur, pour des contraintes de surface disponibles et pour des enjeux d’images d’une métropole qui se veut de rang mondial, fabrique une expérience urbaine singulière, dépaysante pour le piéton occidental, celle de la rue verticale.
L’ultra-densité de la ville est aujourd’hui autant dénoncée comme modèle de développement non soutenable que valorisée comme laboratoire de l’extrême compacité de l’espace de vie. Mais ce sont les mouvements récents de demande, de la part de la société civile, de participation aux définitions des grands projets, qui sonnent le principal moteur de changement dans le devenir de la ville.
Moiteur, gémissement des branches, cheveux tirés par les feuilles, odeurs saisissantes de fleurs au coin de la rue, craquèlement du béton, tac tac d’une branche poussée par le vent sur la vitre : notre vie sensible interagit sans cesse avec le vivant, végétal et animal. A moins qu’il ne s’agisse plus que d’une interaction passée, car on évoque maintenant plus souvent le devenir anesthésié de notre vie urbaine, de plus en plus artificialisée, climatisée. Ne serait-ce pourtant pas dans ces échanges quotidiens que pourraient déjà évoluer les rapports entre sociétés et natures, qui ne se joueraient plus sous l’angle de la lutte pour l’espace mais sous celui de la cohabitation ?

Anne Bossé, architecte, docteure en géographie, chercheure au CRENAU

POINT TECHNIQUE
2 vis au mur

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