Philippe CHANCEL

Epilogue Datazone, Chine, Les nouvelles routes de la soie

2018 | Tirage pigmentaire, encadrement sous marie louise, verre anti reflet | 30 x 42 x 3 cm (encadrée) | PAJ04

DATAZONE
Philippe Chancel voudrait explorer de nouveaux paysages et territoires – le Jourdain, Xalapa, Méroé, Tomsk, Ghardaïa. Brûlantes d’actualité ou loin de la rumeur du monde, ces zones de tension, toujours emblématiques et souvent hallucinantes, reflètent les dérives contemporaines du champ politique et social et représentent de véritables enjeux de civilisation.
Datazone in progress
« Une image n’est essentielle que si chaque centimètre carré de l’image est essentiel », Michelangelo Antonioni, dans un entretien accordé aux Cahiers du cinéma en 1960
Le projet Datazone se penche sur des territoires emblématiques disséminés sur la carte du monde qui sont le théâtre d’une actualité récurrente ou quasi inconnue des radars médiatiques. Ces zones de tension incarnent à mon sens des enjeux de civilisation majeurs. Datazone explore la complexité de ces paysages et leur donne une cohérence photographique qui n’écarte aucun genre : architecture, paysage, personnages, scènes de rue, espaces publics et privés. Ces catégories entremêlées nourrissent une vision synthétique et distanciée de situations proprement hallucinantes.
Inspiré du roman Interzone de William Burroughs et d’un principe d’écriture fragmentaire conçu comme un moyen de transgresser les frontières mentales par le cheminement labyrinthique de régions encore inexplorées, Datazone met en lumière les dérives actuelles du champ politique et social – dont les zones de tension, souvent inextricables, sont symptomatiques. A mi-chemin entre le vrai (le document) et le faux (la fiction narrative engendrée par le point de vue), ce projet voit le jour en 2005 avec un travail rendu pour la première fois possible autour de la normalité des apparences en Corée du Nord, puis avec une recherche autour de la colonisation du réel par la fiction réalisée aux Emirats Arabes Unis.
A mi-chemin entre la rigueur de la Corée du Nord et la richesse pétrolière des Emirats, Astana, la nouvelle capitale du Kazakhstan, incarne la volonté de se tourner vers le XXIe siècle en s’affirmant comme une nouvelle grande puissance à travers une architecture néo-futuriste qui reprend le faste de l’ancien empire soviétique. Les images effectuées sur place constituent des signes tangibles de cette mutation à grande vitesse, à travers l’architecture et les habitants de la capitale.
Au sud du Nigeria, aux confins du delta du Niger, tout un écosystème d’une grande biodiversité et riche d’une population vivant traditionnellement de l’agriculture et la pêche est d’ores et déjà condamné dans un environnement dévasté par la folie de l’or noir. La faute en incombe aux multinationales du pétrole qui exploitent à seulement quelques dizaines de mètres de profondeur l’un des meilleurs et des plus rentables brut du monde au mépris des règles environnementales élémentaires. Aujourd’hui, Ogoniland, autrefois un paradis pour le peuple Ogoni, s’est transformé en zone cauchemardesque. Des ruptures à répétition d’oléoducs quadrillant le delta ont entraîné des pollutions massives des eaux, des terres, de l’air, de la faune et de la flore, remettant en cause jusqu’à l’existence des hommes.
Afin de nourrir ce travail en cours, je souhaite explorer d’autres lieux, des espaces fermés à la rumeur du monde ou a contrario assénant jour après jour leurs stigmates. Quelques « datazones » sont déjà réalisées : Fukushima, Port-au-Prince, Kaboul, Marikana (Afrique du Sud). Quelques autres attendent de l’être : les bords du Jourdain (en cours), Xalapa, Méroé, Tomsk, Ghardaïa. »

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