Guy HERSANT

Kano, Nigeria

2000 | Photographie couleur | 72 x 49 cm (encadrée) | PY11

Le “portrait de groupe” selon Guy Hersant

À la Filature (Mulhouse), où ses propres photographies étaient exposées récemment au côté d’un choix de celles d’lrving Penn, Guy Hersant avait sélectionné dans la collection Christian Kempf des portraits de groupe datant de la n du XIXe au début du XXe siècle. Étonnante démarche pour un artiste, que d’être attaché à valoriser autant le travail de ses prédécesseurs que le sien, et que de mettre en exergue une forme de dette artistique ! Ce n’est pas tant affaire de modestie (même si l’homme l’est en effet) que d’exigence, et de conscience d’appartenir à une histoire. Être conscient de ce qu’on doit à ceux qui nous ont précédés a n de mieux connaître ses propres limites, ne pas s’autoriser à se donner à soi en négligeant autrui il y a chez Guy Hersant, dans ce qu’il est et dans ce qu’il produit, une forme de sagesse à la Montaigne, qui fait que cet homme, très ancré dans le présent, pourrait en réalité appartenir à une autre époque, un autre continent. Ce dont très vite d’ailleurs il ne s’est pas privé ! À peine son nom commençait-il à être entouré d’une aura de célébrité, suite au travail qu’il avait accompli, en Bretagne, avec ses amis du groupe Sellit, qu’au début des années quatre-vingt, il repartait pour l’Afrique, où depuis lors il passe plusieurs semaines par an. Exilé ? Oui et non ; un homme comme lui l’est ici tout autant qu’ailleurs, ayant son domaine partout…
Dans l’âme, Guy Hersant est un artisan. Avec tout ce que cela comporte de sens du détail, de soin apporté à la réalisation, d’attention envers les techniques qui pourraient contribuer à telle ou telle amélioration de l’œuvre. Il n’a pas le bluff de croire au coup de génie, il a plutôt le souci de la touche finale, et même de la manière dont ses photographies sont perçues par ceux qui y figurent. Ses portraits ne sont nullement flatteurs mais ce ne sont pas non plus de ces séances de pose au-delà desquelles on sent bien que le photographe a voulu inscrire au scalpel la projection de son ego au détriment des malheureux modèles ! Ce sont bien des “portraits de groupe”, au sens où les artisans photographes en pratiquent depuis les débuts de la daguerréotypie. Guy Hersant les a réalisés à Kano,
dans le nord du Nigeria, en y mettant à la fois sa propre histoire, celle d’une partie de la photographie, et celle naturellement de ces hommes et femmes qui ont posé pour lui. Ces trois histoires d’hommes se rejoignent dans cette série de portraits très cohérents, et c’est probablement à cette conjonction discrète mais forte que ces images doivent une large part de leur tranquille force de conviction. Car ce côté que j’appelais “artisan”, il se voit aussi au sens très spécial des relations “horizontales et verticales” que Guy Hersant sait faire tout naturellement émerger chez ses modèles. Ces hommes et femmes qui posent (qui acceptent de “déposer” l’image de ce qu’ils sont) les uns à côté des autres, il faut plus de finesse qu’il n’y paraît pour les disposer (et non les placer ce n’est pas pareil !). Alors, de discrètes formes de hiérarchie se laissent percevoir entre ces hommes et ces femmes que le travail associe et la pose un instant rassemble. Lesquelles relations hiérarchiques ne sont pas contradictoires, bien au contraire, avec l’émergence des personnalités singulières. Grâce au rôle subtil du photographe, le groupe n’est plus ce en quoi se dissolvent les personnes, plutôt ce qui les assemble, les rend complémentaires les unes des autres. Les photos de groupe de Guy Hersant ne montrent pas une addition de communautés, elles font émerger l’image d’une société, au sens le plus humain du terme. Une société en laquelle ne s’est pas perdu le sens du “lien”…

Jean-Pierre Montier, Professeur à l’université Rennes 2 – avril 2006
PLEASE DO NOT MOVE Photographies de Guy Hersant I Université Rennes 2 – 13 avril – 29 juin 2006

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