Natacha NIKOULINE

La plaie vive de mon cœur

2019 | Tirage photographique jet d’encre sur papier Hahnemuhle Fine Art Baryta et contrecollé sur Dibond. | 70 x 70 cm (encadrée) | PAI10

La plaie vive de son cœur

Tout se mélange, virevolte.
Les mots, les sensations, les débris de sentiments, l’effondrement psychique, la détresse dévorante, la soif de mort, le chemin de la perte.
Tout ce qu’on a envie de hurler au crépuscule à une oreille de non-voyant.
Une violence inouïe d’éclosions morbides, chaque jour fraîchement renouvelée.  Une véritable danse macabre illuminée par les yeux d’une petite fille dévastée.  Elle n’a jamais retrouvé le chemin qui mène à la maison dans laquelle tout a pourtant pris naissance. Des constructions titanesques à l’image du cataclysme qui a eu lieu.
Cette maison dans laquelle, les images sont nées. Cette maison dans laquelle elle a cherché les fenêtres du savoir derrière des angles morts.
À commencer par son image, qui n’a jamais trouvé de miroir pour se révéler, seulement quelques bacs de produits chimiques ( Hydroquinone, métol, phenidone, acide ascorbique, acide acétique). L’image se révèle grâce aux imperfections des cristaux de Bromure d’argent. Pour faire naître une photographie, il faut un PH basique car lorsque l’image latente prend forme tout s’acidifie.
C’est une réduction violente.
Il faut retarder la dégradation pour révéler avec justesse.
Il faut préserver le secret ontologique. C’est bien dans la faille, la fêlure que les révélations se font.
Et c’est cette cicatrice béante qui sépare à jamais la petite fille de sa maison.
La faille, cette fracture porteuse des révélations les plus inavouables.
La fixité c’est la mort. Et les yeux de la mère fixent et dévorent.
Il faut que les paupières de la mère se ferment à jamais pour que son image puisse enfin naître. Et l’image doit se nourrir du regard de la morte.
Il faut fermer les yeux pour voir et il faut voir pour perdre.
Tout ici porte la trace d’une ressemblance perdue, ruinée.
Nous nous retrouvons face au souvenir du souvenir; face à la mort de la tombe.
Ici se joue l’apparition du rien grâce aux indices de la disparition.
Le papier tombeau, le dernier refuge : la photographie.
Ces enfants qui nous regardent fixement, à jamais, nous font douloureusement ressentir le sens inéluctable de la perte en marche.
C’est un bûcher sans feu, l’ultime tristesse froide.
Ici la moisissure s’attaque au souvenir même de la vie.

Natacha Nikouline, Le 18 novembre 2019

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