Leah DESMOUSSEAUX & Gaël DARRAS

Carracedelo II

2020 | Tirage piézographique sur papier Fine Art | 80 x 80 cm (encadrée) | PAI15

La technique du tirage argentique Lith est une méthode de tirage sous agrandisseur qui tout en ralentissant le processus d’apparition de l’image créé des effets graphiques aléatoires qui confèrent aux tirages un caractère d’unicité et d’irreproductibilité.
Issue d’une série de 7 photographies par leur format en paysage et la matière presque organique de la roche forment non plus des vues satellites mais des paysages chaotiques : tempêtes, pluie, vent, mers, rochers menaçants. Les marques de tâcherons ajoutent beaucoup à cette idée de paysage : soleil couchant, étoile, calvaire, bateau… autant de formes qui évoquent l’iconographie du Déluge, de la Fin des Temps…comme si les intempéries des siècles écoulés avaient été capturées en images par ces pierres.

De Nantes à Carracedelo . Par Leah Desmousseaux & Gaël Darras

Toutes les photos de l’exposition 1280°, à la galerie Mira à Nantes, représentent des marques de tâcherons gravées sur les murs de pierre du monastère Santa Maria de Carracedo. Les marques de tâcherons sont des signatures de tailleurs de pierre qui, par ce geste peuvent comptabiliser leur somme de travail.

Partageant à Nantes notre atelier, nous travaillons côte à côte depuis trois ans. L’été 2019 nous entreprenons un voyage, inspiré par la lecture d’anciens ouvrages hermétiques, duquel découle une série de photographies ici présentée. C’est en Galice que nous nous rendons, posant nos pas dans ceux des pèlerins de Compostelle qui de tout temps suivent ce chemin qui les mène à Fisterra, là où la terre se finie. Ce chemin historique et initiatique ponctué d’édifices, de légendes et de langage symbolique, est aussi celui des apprentis alchimistes qui, depuis le Moyen-Âge, vont récolter sur une plage en forme de croissant la materia prima nécessaire à la réalisation du Grand Œuvre : l’antimoine, métal que recrachent les vagues des profondeurs de l’océan. Comme l’objet d’une quête toujours se dérobe à celui qui chemine, le principal émerveillement de ce voyage fut, loin des côtes, la rencontre fortuite avec le monastère Santa María de Carracedo. Traversant la nudité de ses volumes cisterciens dont les murs savent si bien mettre en évidence la qualité du vide, nos regards sont happés par une multitude de signes incisés dans la pierre, révélés par la chute de son enduit. Ces inscriptions lapidaires ont une signification simple et profane : ce sont des marques de tâcherons, des signatures apposées par les tailleurs de pierre pour comptabiliser leur somme de travail. En cet instant, elles vibrent pour nous d’une poignante beauté. Est ce dû à l’entrelacement graphique des motifs naturels du granit confondus avec celui des glyphes ? Il y a une intime poésie à voir le résultat d’une érosion simultanée de la trace humaine et de son support minéral, dont la matière solidement formée par les âges a transporté jusqu’à nous l’immédiateté du geste commis par nos ancêtres. « Bien que construit par l’homme, le mur ne peut jamais tout à fait oublier ses attaches telluriques.»*

*  Brassaï, Graffitis, Les Éditions du Temps, Paris, 1961

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