Anne-Sophie YACONO

Le dinosaure, de la série Les portes de Chatteland

2013 | Sculpture en céramique émaillée avec socles en bois, sculpté teint et ciré, poid 2kg. Visuel © Isabelle Broyard | 20 x 65 x 15 cm | S08

Chatteland

Chatteland est un monde parallèle.
Chatteland est la consécration du sexe féminin, sa domination suprême. Le sexe féminin y a tous les pouvoirs.
Les entrées de Chatteland prolifèrent dans notre monde comme de la mauvaise herbe et parasitent notre réel.
Les éléments de Chatteland auquel nous avons accès, et qui sont visibles en photo dans la suite de ce document, sont figés comme dans l’attente d’être réveillés.
Ils semblent emprunter du végétal, du minéral et de l’animal.
Ces « organismes » nous désirent. Ils sont là pour nous séduire. Ils veulent nous attirer afin de faire de nous, êtres humains, des proies pour Chatteland : le monde
dévorateur par excellence. Ils sont des milices au service du pouvoir en place à Chatteland (ex : les tirelires des Portes de Chatteland) ou des colporteurs d’images se déployant comme de la publicité en pop up voire même de la propagande chatoyante (ex : la série les Enjolivorures).
Chatteland, ainsi que ses milices, ont intégré certaines normes assignées au féminin, comme la couleur rose, afin de pouvoir entrer dans la séduction de la manière semblant la plus ingénue possible.

Il est possible de vivre à côté de ces « objets » sans se douter qu’ils puissent devenir dangereux. Mais de nombreux cas de disparition ont déjà été signalés notamment parmi les scientifiques ayant commencé à s’y intéresser. Il en a été de même chez les civils ayant voulu les utiliser pour décorer leur habitat.

D’ailleurs, certaines théories circulent comme quoi Chatteland aurait pu parasiter des objets et des organismes préexistant sur notre terre de manières encore différentes que celles que nous avons déjà énumérées et cela depuis des millions d’années. Cependant aucune preuve tangible ne peut affirmer cette assertion.

D’après les recherches très incomplètes des scientifiques disparus, pour entrer à Chatteland, il faut changer de forme et perdre, entre autres, « sa peau ». Ainsi, le visiteur révèle sa couleur interne rose voire rouge et va donc « mourir ». Mais ici la « mort » est nécessaire afin de pouvoir être adapté à ce monde parallèle et en ressentir toute l’allégresse. A Chatteland, contempler ses organes répandus sur le sol est une expérience esthétique totale et réconfortante.
Chatteland est un enfer paradoxal où la sensualité et le plaisir sont promus comme étant supérieurs. Mais cela reste une hypothèse.
Chatteland semble être divisé en plusieurs parties dont la plupart sont encore inexplorées.

A ce jour, nous avons eu des échos de territoires divers connus sous les noms suivants :
Les Portes de Chatteland constituées par ce qui semble être des messagers magiques se rassemblant afin de créer une ouverture vers Chatteland,
La Jungle de Chatteland, soit le couloir spatio temporel de transformation qui mâche et digère les êtres humains afin de les rendre comestibles pour
Chatteland et ainsi permettre à ces derniers d‘y transiter,
– Les couloirs de Chatteland qui séparent plusieurs parties de Chatteland comme des membranes,
– L’océan de Chatteland où le sexe masculin est amené à s’étouffer avec ses propres sécrétions ininterrompues,
– Plug city qui est le dernier bastion connu de la masculinité libre,
– Une zone appelée arbitrairement Enfer où est évacué le restant des corps des visiteurs humains de Chatteland,
– la forêt de Chatteland où semble émaner un semblant de mélange intersexualisé créé sur de nouvelles bases grâce à un terrain particulièrement fertile.
On a aussi tenté de cartographier ainsi que de représenter Chatteland mais ce monde n’a encore jamais été vraiment saisi, il échappe aux normes actuelles.
D’ailleurs il semblerait que Chatteland échapperait même à sa propre radicalité de part sa nature organique en perpétuel épanouissement.
Chatteland part de la forme du sexe féminin, de la fente auréolée de la vulve, comme il part de la fente d’une blessure. L’écartement de la chair de Chatteland est l’ouverture sur la douleur du féminin vivant dans l’ombre et le mépris. Chatteland raconte le commencement par la fente, l’ouverture sur le monde de l’organe féminin qui produit tout autant la vie que la mort et que l’on a de cesse de vouloir cautériser.
Chatteland, dont le nom a été choisi comme celui d’un groupe de punk, créé une catharsis du mot féminin au sens large afin de créer un refuge mais aussi des armes contre le patriarcat.

Anne-Sophie Yacono, Nantes, 2 mars 2017

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